Je ne suis pas, d’ordinaire, une grande amatrice de romans policiers. Pourtant, La sainte paix d’André Marois m’a littéralement brûlé entre les doigts tant le récit est captivant. Ce roman noir québécois propose une intrigue complètement décalée et délicieusement cynique qui sort des sentiers battus.
Le roman met en scène Jacqueline, une veuve de 76 ans à la langue bien pendue, à l’humour sec et à la morale… disons, très personnelle. Elle incarne à merveille le rôle de l’antihéros : elle ne s’excuse pas pour ses défauts, ne cherche pas à devenir meilleure, et surtout, elle refuse catégoriquement qu’on dérange sa tranquillité.
C’est cette paix précieuse qui est menacée lorsque Madeleine, sa voisine d’en face, lui annonce qu’elle vend sa maison. L’idée même d’avoir de nouveaux voisins – potentiellement bruyants, indiscrets, exubérants – la rend folle. Et comme Jacqueline ne fait jamais les choses à moitié, elle élabore un plan : tuer Madeleine pour décourager les acheteurs potentiels.
Oui, vous avez bien lu. Un meurtre, juste pour éviter de casser sa routine.
Ce qui pourrait sembler un simple délire se transforme rapidement en un plan de plus en plus élaboré. Jacqueline passe des heures dans sa cuisine à répéter des interrogatoires imaginaires, à anticiper toutes les questions d’un éventuel policier, et à perfectionner sa version des faits. Car bien sûr, il faudra brouiller les pistes et rendre la mort violente, sans jamais éveiller les soupçons sur « la petite vieille d’en face ».
Mais commettre un meurtre, même pour une bonne cause (la sainte paix, tout de même !), n’est pas aussi simple. Et comme de par hasard, un enquêteur commence à tourner un peu trop autour de sa maison…
La force du roman repose d’abord sur son ton. L’humour noir est parfaitement dosé, le rythme est soutenu, et surtout, on s’attache follement à Jacqueline, malgré son caractère bien trempé et ses idées discutables.
C’est là tout le génie du livre : faire en sorte que l’on comprenne, voire soutienne, une protagoniste qui planifie un meurtre de sang-froid. Il faut dire que ses raisonnements absurdes ont une logique… presque convaincante !
L’écriture est vive, directe, sans fioritures et les dialogues (même ceux qu’elle tient toute seule dans sa cuisine) sont savoureux. C’est un plaisir coupable du début à la fin.
Avec ses touches d’humour noir, ses personnages hauts en couleur, et son intrigue originale, La sainte paix est un excellent choix de lecture pour l’automne. On y retrouve une atmosphère à la fois cosy et tordue, où l’on suit avec un brin de culpabilité cette grand-mère meurtrière en devenir… et on en redemande.
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